La causerie du Père Vallet (texte et audio)

samedi 2 mai 2009


La rencontre qui rassemblait des personnes représentatives de mouvements et services présentes sur la paroisse voulait manifester cet appel à la connaissance mutuelle, à la reconnaissance émerveillée de ce que Dieu accompli au milieu de nous et par nous dans la diversité qui est le propre de la vie d’une paroisse.

Le temps du carême permet cela tout particulièrement. Pour donner suite à une première rencontre faite l’an dernier, il a semblé intéressant à l’Équipe d’Animation Paroissiale de permettre cette année un temps d’écoute commun sur un sujet fort.

La période était à un questionnement autour du Concile Vatican II, "boussole" de la vie et de la marche de l’église comme le rappelle si souvent notre Pape Benoit XVI.

L’occasion était à saisir et le Père Hubert Vallet ami et voisin, professeur en ecclésiologie au séminaire saint Jean de Nantes acceptait de venir nous parler.

Son exposé nous a rejoints et je crois permis d’approfondir cette préoccupation de vivre dans une disponibilité missionnaire nous nourrissant du Concile en allant puiser à la source.

Vous trouverez en trois séries le texte de son intervention et l’enregistrement qui en a été fait. C’est dans le style oral que vous recevrez cet enseignement et de là vient aussi son intérêt.

Merci au Père Vallet, aux transcripteurs ...

Père Yvon Barraud

« L’église au service des hommes : de la solidarité à la communion »

Enregistrement 1/3 :

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1/3.- Introduction

Le service, les hommes, la solidarité, la communion… sur toutes ces choses-là, on a sûrement beaucoup d’appétit.
L’église… est-ce qu’on n’entend pas déjà suffisamment tout ces temps-ci pour s’en remettre une petite couche en soirée ? C’est quand même une question. On parle beaucoup de l’église, ce qui est assez nouveau.

D’un point de vue historique, pendant tout un millénaire, pratiquement, nul ne s’est vraiment soucié de parler de l’église pour elle-même, ni de la présenter.
1er millénaire : pas grand-chose sur l’église. C’était sans doute une espèce d’ambiance dans laquelle on vivait sans se poser trop de questions – alors du coup on n’avait pas besoin de s’interroger.
Parce qu’effectivement quand on a commencé à en parler au 2ème millénaire, c’était plutôt dans des ambiances conflictuelles, des ambiances tendues.
Par exemple au Moyen-âge, il fallu que l’église se positionne en quelque sorte par rapport à l’empire, comme vous le savez, avec laquelle elle vivait en plus ou moins bon ménage depuis 6 ou 7 siècles. Mais là, le torchon commençait à brûler alors l’église a parlé un peu d’elle, davantage, de ses pouvoirs aussi, des pouvoirs du pape en particulier. Vers les 18ième - 19ième siècles, devant des sociétés plus sécularisées, nous dirions maintenant, ou devant des royautés qui renâclaient, l’église a encore parlé d’elle. Mais vous voyez, c’était encore pour manifester son rôle de société, c’était encore en conflit.
Et puis même, au moment de la réforme du 16ième siècle il a fallu aussi que les églises aux communautés ecclésiales se contre-distinguent un peu les unes les autres, et disent ce qui les spécifiait. Mais ce n’était pas encore une ambiance très paisible, que ce soit en interne, que ce soit en externe. Alors ça, c’est pour les deux premiers millénaires.
Au 3ème millénaire, on s’aperçoit qu’il faut encore bien parler de l’église. Vous entendrez dans cette expression : « il faut bien parler de l’église », selon comment je la prononce, ça peut avoir un petit côté désabusé – il faut bien encore en parler, on n’a pas le choix -, si on l’oubliait, je crois qu’on nous le rappelle assez quotidiennement. Ou alors, plus positif : « il faut bien en parler ». Ça dépend où on met l’accent. Ça dépend où on met le blanc. Donc, je vais essayer de parler de la seconde option : il faut bien en parler.

Et pour ça, comme le disait Yvon tout à l’heure, autant s’équiper d’une bonne boussole, une boussole fiable, une boussole sure, la boussole qui a été donnée à l’église ou que l’église aussi s’est donnée elle-même pendant le 20ième siècle, c’est-à-dire le Concile Vatican II. Je ne ferai pas de sondage, parce que ce n’est pas du tout le lieu, mais voilà un concile qui a 40 ans et plus maintenant, puisque vous savez qu’il a été annoncé, un peu à la surprise générale, par Jean XXIII, pratiquement sitôt élu pape. Il a élu pape à 77 ans, ou quelque chose comme cela. On pensait que ça allait être un pontificat de transition - on pense souvent cela quand ce sont des papes un peu plus âgés. Jean XXIII a annoncé il y a à peu près 50 ans, en janvier 59, il a annoncé la convocation du Concile Vatican II. Et on pourrait dire que ce concile qui est typiquement un concile de la fin du millénaire, a répondu à une seule question :

« Eglise, que dis-tu de toi-même ? »
Donc, cette question qui commençait à agiter de façon conflictuelle les esprits, l’église a voulu s’en saisir ; si possible de façon pacifiée, pacifique, paisible, pour pouvoir se présenter à elle-même, et se présenter au monde.
Le sondage que je ne ferai pas donc c’est de savoir, sur les 16 textes qui ont été travaillés pendant 3-4 ans, avec une assemblée de plus de 2 000 évêques – c’est un concile qui n’a pas d’équivalent historique pour les 20 siècles de l’église. Des conciles, il y en a eu d’autres, y compris au 1er millénaire, et des fondamentaux, mais de cette ampleur, j’allais dire de ce sérieux aussi, et de cette durée de travail, il y en a peu, ou il n’y en a pas. Donc, sur les 16 textes que de ce sondage que décidément je ne ferai pas, c’est : combien parmi vous ont lu un texte en entier ? Deux textes ? Etc., etc. Je crois que ça vaut le coup de se poser une question, car on en parle beaucoup du concile, et on a tout à fait raison d’en parler, mais est-ce que c’est notre bien ? Ou est-ce que c’est un bien pour les autres ? C’est un peu ça. Alors ce soir, comme effectivement, comme Yvon le disait, j’aimerais, non pas présenter le concile parce qu’en 40’ je ne vais pas présenter quatre ans de travail, ni même présenter ce livre-là, sous cette édition ou sous une autre. Je voulais vous dire quand même que sous ses 16 textes, il y en a quatre qui sont les piliers de l’ensemble, qui méritent le titre de constitution - il y a des constitutions, il y a des décrets, il y a des déclarations -, il y a quatre constitution dans ce livre qui sont des textes lisibles. Je ne dis pas immédiatement lisible. Ce n’est pas aussi lisible qu’un article de journal, mais c’est lisible en prenant son temps, en revenant en arrière, ou en le lisant en groupe (ça c’est toujours une bonne façon pour entrer dans l’intelligence d’un texte).

Les quatre constitutions
La première constitution porte sur – c’est son titre en français – sur le Mystère de l’Eglise. Donc, là, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, le concile vient bien dire qui est l’Eglise. Peut-être que je vais les citer, celle-là, et puis une autre partie, par son nom latin, c’est un peu pratique : c’est Lumen Gentium, ça veut dire : La lumière des nations. Je réexpliquerai les titres tout à l’heure, mais si cela m’échappe de dire Lumen Gentium, vous comprendrez tous qu’il s’agit de cette première constitution sur le Mystère de l’Eglise.
La deuxième constitution, c’est sur la révélation divine. Là aussi, il y a un enracinement par rapport à l’Eglise, c’est-à-dire comment l’Eglise est effectivement, au premier chef, la bénéficiaire et le témoin de la révélation divine, que notre Dieu se révèle. Il se révèle à travers son dessein, pas un dessein pour l’Eglise, un dessein pour l’humanité et que l’Eglise, elle est le témoin privilégié, et la bénéficiaire de cette révélation.
La troisième constitution, c’est sur la liturgie, c’est-à-dire là aussi en lien direct avec l’Eglise, et quand je parle de l’Eglise, vous entendez bien qu’à chaque fois, on pourrait dire de l’Eglise toute entière – si on veut – mais on peut le dire aussi, de l’Eglise qui est à Sainte Anne du Pays Blanc. L’Eglise qui est à Sainte Anne du Pays Blanc, elle aussi elle se rassemble pour célébrer l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire qu’elle accomplit sa mission liturgique qui est aussi une mission essentielle dans la vie des chrétiens.
Et enfin, la quatrième constitution, c’est le deuxième nom latin que je voulais citer, c’est Gaudium et Spes, vous avez peut-être déjà entendu la Gaudium et spes : les joies, la joie, et les espoirs. On redira ce titre tout à l’heure. Et qu’est-ce que c’est que cette constitution dans son titre français et dans son sens ? C’est l’Eglise dans le monde de ce temps. On pourrait dire que l’Eglise elle a une trace, une réalité historique qui subsiste, demeure, permanente, mais chaque époque apporte finalement son lot de questions, son lot d’interrogations, et le concile voulait aussi répondre aux interrogations, non seulement aux joies et aux espoirs, mais aux interrogations du monde ce temps.
Si je voulais me centrer davantage sur les services des hommes, la solidarité et la communion, ce sont clairement la première et la dernière constitution qu’il faudrait travailler, qu’il faudrait lire, c’est-à-dire celle sur le Mystère de l’Eglise et celle sur l’Eglise dans le monde de ce temps.
Je vais vous en lire la première phrase de chacune d’elle, et puis après on fera en gros deux remarques sur chacune des deux constitutions. Ça sera déjà un avant goût, et si en plus ça pouvait vous donner envie de les lire, ça serait magnifique – où les relire, comme dirait Yvon avec l’optimisme qui le caractérise !
Alors la première phrase de la constitution sur l’Eglise dont j’ai dit qu’elle s’appelait Lumen Gentium :

Le Christ est la Lumière des hommes. Réuni dans l’Esprit Saint le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toute créature la bonne nouvelle de l’évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Eglise.

ET je lis, après on y reviendra deux secondes, mais je lis aussi l’autre première phrase de l’autre constitution, la constitution Gaudium et Spes :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain que ne trouve écho dans leur cœur.

Deux phrases magnifiques, vous voyez. Je les ai lues normalement, on les comprend. On voit qu’à chaque fois il a une phrase qui est marquée, qui est colorée de quelque chose de divins, et à chaque fois aussi, aussi bien dans la première que dans la deuxième, on voit bien que le soucis du Concile, le souci de l’Eglise, c’est bien tous les hommes, c’est bien toutes créatures, au nom de sa mission reçue de Dieu. Et vous avez remarqué que le titre de la première – Lumen Gentium -, ce n’était pas l’Eglise, c’était le Christ la Lumière des nations. Et vous avez remarqué que dans le titre de la seconde – Gaudium et Spes, les joies et les espoirs – ce sont les joies et les espoirs de tous les hommes que partagent les disciples du Christ. C’est-à-dire que de la première on retire, comme si elle se positionnait dans son mystère par rapport au Christ, et dans la deuxième comme si l’Eglise se positionnait par rapport à sa mission, c’est-à-dire par rapport à tous les hommes. Et j’allais dire, elle est là. Elle est à la fois l’Eglise du Christ, et à la fois l’Eglise des hommes.
Et la première remarque : je crois qu’il faut la faire avec grande force, c’est que ça n’est pas un exercice d’acrobatie et de grand écart. C’est au contraire un exercice concomitant quand l’Eglise est d’autant plus unie au Christ, elle est d’autant plus au service des hommes. Et pour que l’Eglise soit d’autant plus au service des hommes, elle a sans cesse à puiser d’autant plus besoin à sa source divine.
Il ne s’agit donc pas d’un écartèlement, il s’agit de deux faces de la même médaille qui sont rigoureusement inséparables. Et Lumen Gentium et Gaudium et Spes sont à prendre également inséparables. Et j’ajoute encore que solidarité et communion, au moins dans un premier sens qu’on a tous à l’esprit, sont aussi à prendre de façon inséparable, mais là j’y reviendrai tout à l’heure.

Alors deux remarques sur Lumen Gentium, deux remarques sur Gaudium et Spes, et puis voilà, l’affaire sera dite.


Enregistrement 2/3 :

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2/3.- Deux remarques sur Lumen Gentium

1. L’Eglise comme sacrement, qu’est-ce que ça veut dire ?
A plusieurs endroits, ça a été un des nouveautés on pourrait presque dire, ou un des renouvellements de ce texte-là, Lumen Gentium s’offre le luxe de donner en quelque sorte un nouveau nom à l’Eglise. L’Eglise, vous savez, quand on la chante dans nos églises, on la chante comme « peuple de Dieu » et le Concile bien entendu en parle. On la chante aussi comme « Corps du Christ », on a quand même les uns et les autres – je parle à une assemblée de spécialistes – on a des belles hymnes comme ça dans l’oreille qui nous disent l’Eglise peuple de Dieu, qui nous disent l’Eglise Corps du Christ, et bien le Concile dans ce texte-là va ré-exhumer, presque inventer un nouveau mot pour parler de l’Eglise, il va dire que l’Eglise est comme un Sacrement. Alors je lis tout simplement la phrase suivante du n° 1 de cette constitution :

L’église étant dans le Christ en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité avec tout le genre humain ; elle se propose de préciser, etc. etc.

Dès l’introduction les pères du concile, mais pas comme ça du jour au lendemain. Il faut voir ce que c’est que la publication et la production d’un texte conciliaire. Ce sont des milliers d’heures de travail, et des votes, des votes, des votes, en permanence, sur chaque mot, sur chaque paragraphe, sur le plan. Ce son des textes qui ont été à la fois extrêmement ciselés et extrêmement travaillés, et puis adoptés pour finir, je n’ai plus le chiffre en tête, mais en gros c’était de l’ordre, vous me passerez les dizaines, c’était de l’ordre de 2500 voix pour, et de 5 voix contre… à la fin. Il y a une recherche d’unanimité. Et c’est ça aussi le travail, de se dire que le consensus sur un tel texte, il n’est pas humain. Ce n’est pas vrai qu’il est humain ou alors dans certaines républiques un peu plus lointaines. Mais ce consensus-là, quand il s’est réalisé, c’est que le Saint Esprit est à l’œuvre. Alors, il faut tout faire pour que le consensus se réalise, un consensus de travail, un consensus parfois tonique, mais au bout du compte on arrive à un vote.
Par exemple sur cette définition là : L’Eglise est comme le Sacrement. Alors qu’est-ce que ça veut dire ? Le concile vient de l’expliquer en même temps. L’Eglise se présente comme un signe et un moyen. Un signe efficace. Alors le signe et le moyen de quoi ? La phrase le disait, avec ce mot-là qui est aussi au cœur de toutes nos existences, de l’UNION, de l’union des hommes avec Dieu, et de l’unité de tout le genre humain. Vous voyez que ces deux unions-là, ce sont celles qui sont inscrites dans tous les cœurs, au moins à titre de désir. Le désir effectivement de l’unité du genre humain. Et puis parfois, de façon plus mystérieuse, ou moins dite, mais tout aussi réelle, le désir de l’union de chacun de nous, avec là d’où nous venons, là où nous allons, mais jamais seul, mais toujours avec les autres. Il y a cette double unité et l’Eglise se veut le Sacrement, c’est-à-dire le moyen efficace de réaliser cette unité… Un Sacrement, vous savez ce que c’était, on croit du moins, et puis il y a des spécialistes parmi vous : baptême, mariage… On voit bien le signe et on sait que derrière le signe, il y a une action réelle de Dieu. Et bien l’Eglise se présente en quelque sorte, comme un sur-sacrement, si vous voulez, c’est-à-dire comme un signe – elle est visible l’Eglise, elle a une institution. C’est une institution qui parfois nous pèse, mais on le redira tout à l’heure, tout simplement par le péché de chacun de ses membres, je dis bien de chacun de ses membres, mais c’est une institution qui est nécessaire, qui est voulue, et à travers laquelle le Seigneur veut rejoindre chacun. Et comment le Seigneur rejoint entre autre chacun ? Et bien par vous. C’est clair que vous êtes aussi les éléments palpables, concrets, là où vous êtes, dans votre paroisse, du fait que l’Eglise est Sacrement de l’Union des hommes avec Dieu et de l’unité du genre humain entre eux.
Je disais que cette unité, elle est souvent blessée. Elle est dans notre cœur, elle est désirée, mais elle est blessée. Je disais aussi que l’Eglise comme institution nous pose parfois des questions. Je me permets de relire à ce sujet, le texte qui avait été lu le Vendredi Saint 2005 au Colysée, devant Jean-Paul II (mais Jean-Paul II n’était plus en état physiquement de participer de tout son corps mais il l’était de tout son cœur), je lis le texte qui avait été lu à la IX station du chemin de croix (quand on contemple Jésus tomber une troisième fois). Je le lis en sachant ce que je fais aujourd’hui.

Souvent Seigneur, Ton Eglise nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part, et dans Ton champ nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sale de Ton Eglise nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons. Prends pitié de Ton Eglise. En elle aussi, Adam chute toujours de nouveau. Tu t’es relevé. Tu es ressuscité. Et tu peux aussi nous relever. Sauve Ton Eglise et sanctifie-là. Sauve-nous et sanctifie-nous.

9ème méditation présidée ce jour-là par le cardinal Joseph Ratzinger – il avait aussi écrit cette médiation.
Voilà un premier élément, l’Eglise est comme le Sacrement, sacrement de l’unité, et le concile va réutiliser cette expression quatre, cinq fois et ce n’est pas par hasard, c’est voulu, en changeant un tout petit peu, en disant : l’Eglise est le sacrement du salut, sacrement de l’unité salutaire, et encore ailleurs. C’est-à-dire, comme je viens de l’expliquer, où l’Eglise est comme nous le savons pour l’humanité, c’est unité-là à laquelle l’humanité aspire est une unité qui est blessée. Elle est déjà inscrite et elle est encore blessée. Et elle a besoin d’être sauvée. C’est ce que le concile nous dit et c’est ce que nous expérimentons tous les jours autour de nous, en nous-mêmes. C’était le premier point.

2. Eglise universelle et église locale
Deuxième point de Lumen Gentium, vous voyez que je n’ai même pas la prétention de vous présenter tout le texte. Je cite juste deux choses, mais à un deuxième passage qui est très intéressant aussi, c’est au numéro 23, ces textes romains sont toujours notés. C’est pas tellement par amour de la mathématique, afin je ne pense pas, mais c’est comme ils existent en 36 éditions, en 36 traductions, la seule façon de savoir de quoi on parle, et bien c’est de mettre des numéros. Donc au §23 de LG on nous parle du rapport entre église universelle et église locale.

Les évêques sont chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’Unité – toujours elle – dans leurs églises particulières – dans leur diocèse si vous voulez. Celles-ci – les églises particulières – sont formées à l’image de l’Eglise universelle. C’est en elles et à partir d’elles qu’existe l’Eglise catholique une et unique.

Ce texte-là nous parle en quelque sorte de la double réalité de l’Eglise on pourrait dire, et que quand on dit Eglise, on peut penser à l’Eglise prise comme un tout, l’Eglise universelle mais on peut penser aussi et même d’abord car c’est là qu’elle se réalise concrètement, visiblement, à l’église locale, ou à l’église particulière, c’est-à-dire au diocèse, mais c’est-à-dire aussi, aux paroisses qui sont les démultiplications du diocèse. L’évêque dans son diocèse est le signe de l’unité du diocèse. Il est aussi le signe de l’unité avec tous les autres du diocèse, en communion avec les autres évêques, avec le pape. Mais sur place on a bel et bien une église qui existe. Et vous avez vu qu’il y a les deux phrases : les églises locales, elles sont formées à l’image de l’Eglise universelle et l’Eglise universelle, elle se réalise dans et à partir de chaque église locale.
Alors je crois qu’on a à faire attention à ces deux rôles-là, deux réalités-là et ne pas surestimer l’une par rapport à l’autre. On a souvent pensé pendant le premier millénaire – pour refaire juste deux petites étapes d’histoire – qu’effectivement dans la mesure où l’église et l’empire ne faisaient à peu près qu’un sur une carte et que l’empire était avant tout soucieux de son unité comme bon empereur qu’il était, il y avait une vision très universelle de l’Eglise. L’unité de l’église c’était précieux, l’église c’était l’église d’empire, c’était l’église œcuménique, c’est-à-dire de l’eucumene, c’est-à-dire de tout le territoire de l’empire.
Et puis au deuxième millénaire on a fait ce même reproche au pape de considérer parfois toute l’église occidentale comme un super diocèse dont il serait à la tête. Ça n’est pas la constitution de l’Eglise. La constitution de l’Eglise c’est l’Eglise universelle dans et à partir des églises particulières, les églises particulières formées à l’image de l’Eglise universelle. C’est tout sauf une pyramide, alors ça il faut le dire et le redire. Et il faut aussi se méfier. Ça n’est plus trop l’empire semble-t-il par les temps qui courent qui nous donnerait la tentation de penser à l’Eglise universelle et tout le temps à l’Eglise universelle et rien qu’universelle, mais j’ai l’impression que la mondialisation dans laquelle nous sommes, et en particulier la mondialisation médiatique dans laquelle nous vivons font que sans cesse, bien malgré lui peut-être, mais en tout cas c’est comme cela, le pape, pour ne pas le citer est sans cesse sous le feu des projecteurs. Et si on ne veut pas parler de celui-là, on peut aussi parler du précédent, c’était exactement la même chose, et c’est vrai que tous les voyages où il venait affermir toutes ses églises dans leur foi, les stimuler, leur apporter le soutien de Rome et des autres églises, étaient des voyages qu’on pouvait finir par penser, comme ça, à un évêque qui allait se promener partout. Il n’est pas l’évêque de tous les diocèses, ou si l’on veut, il l’est, mais en tant qu’évêque de Rome, et ça ne change rien à la réalité de chaque diocèse. Alors je dis que nous, il faut que l’on se méfie de ça aussi. Alors je le dis aussi avec les souffrances que tous l’on porte depuis trois mois parce que l’on en a quand même pas mal à prendre, je crois qu’il faut se méfier de ne pas oublier que l’Eglise que nous vivons, c’est bien l’église locale, et qu’il ne faudrait pas sans cesse consommer toute notre énergie au bon fonctionnement de l’Eglise universelle qui de toute façon ne nous appartient pas. Ce qui nous appartient, je le crois vraiment, et c’est une vérité théologique, c’est la vie de l’église à Sainte Anne du Pays Blanc, et c’est bien pour cela que vous êtes réunis – et réussis aussi d’ailleurs ! Mais je prêche à des convaincus. Mais je crois que c’est intéressant parce que – moi j’en fais l’expérience pour moi-même, on consomme énormément d’énergie à refaire l’Eglise universelle. Alors ça, c’est de l’Energie qui ne sert pas dans l’église locale. Alors je crois que le concile nous invite à faire bien la part des choses et à se rappeler que là où l’église vit, c’est là où vous êtes. Et que dans la pratique, pas plus que le curé de sainte Anne que mon curé n’a besoin de téléphoner tous les jours à son évêque pour savoir ce qu’il doit faire, et pas plus que l’évêque de Nantes ne téléphone à l’évêque de Rome pour savoir ce qu’il a à faire. Ce n’est pas comme cela que l’Eglise fonctionne. L’Eglise qui est sacrement, elle fonctionne totalement là où elle est implantée, totalement à sainte Anne du Pays Blanc, et sa mission ici comme ailleurs c’est de redire à chacun des hommes – et là j’effleure peut-être un peu davantage mais il y avait tellement de sujet qu’on les prend comme ça vient – cette notion de solidarité et de communion. Parce que c’est vrai que votre solidarité dans les communes où vous êtes, et puis c’est toujours agréable on réentend les CCL de Mesquer, de Trescalan, etc., c’est à la fois d’être solidaire et servir la communion. Et encore une fois, pas comme deux choses qui s’écartèlent, mais comme deux choses qui s’approfondissent l’une l’autre.
Etre solidaire, c’est déjà commencer par aimer tout simplement, la proximité, l’attention, l’écoute, l’amour. Tout ce que vous faites dans vos lieux apostoliques, là vous mettez en œuvre votre mission de baptisé, votre mission de chrétien, ou nous notre mission de diacre, de prêtre, si possible. Et il n’y a pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heure si j’ose dire. C’est généralement les choses les plus simples qui sont les choses les plus fondamentales de notre existence et de notre mission apostolique.
C’est donc une mission de proximité, et c’est aussi cette mission de témoigner, de manifester, parfois en le disant, le plus souvent sans le dire, que chacun de ceux que nous croisons, ils sont profondément aimés de Dieu. Je le résume, mais je crois que c’est quand même ça aussi au cœur de ce que nous voulons vivre, au cœur de ce qui nous-mêmes nous fait vivre. Ils sont aimés de Dieu parce qu’ils sont créés à son image, en permanence à son image, êtres de relation, êtres de communion, êtres libres, êtres disposés à aimer, etc. Ils sont attendus par Dieu. Ils sont attendus aussi au terme de ce pèlerinage sur cette terre, et là je pense en particulier à ceux qui sont dans les équipes sépultures. On sait quand même le travail de proximité et la mission aussi de solidarité et de communion qu’il y a : faire réveiller, faire grandir, que les gens se sachent aimés, se sachent attendus par le Seigneur, l’accompagnement dans la souffrance. Le texte de Gaudium et Spes insiste beaucoup là-dessus, mais on le redira tout à l’heure. C’est peut-être aussi une de nos missions essentielles, être proche en particulier de ceux qui souffrent. Encore une fois, je sais que vous le faites, mais je me réjouis de cela, et j’en rends grâce, et on voit aussi que c’est enraciné dans toute la mission de l’église.
Et puis dernier point, que les gens sont aimés de Dieu, c’est aussi qu’ils sont pardonnés. C’est une grâce qui est magnifique quand nous l’expérimentons déjà dans un point de vue de solidarité humaine, c’est joie d’un pardon qui se donne en famille, en couple, avec des amis, entre confrères, peut importe. On sait le prix que ça a, le prix de recréation. Ne pensons pas que la joie soit moindre lorsque ce pardon, il s’agit aussi de refaire l’union avec Dieu, de la même façon qu’on l’a refaite peut-être entre hommes, la grâce de se savoir pardonné, et les textes y insistent un peu tout à l’heure.
Voilà mes deux remarques rapides sur Lumen Gentium. L’Eglise comme sacrement, qu’est-ce que ça veut dire ? Eglise universelle et église locale. Bien d’autres richesses là-dedans. Mais je voudrais venir aussi à deux remarques sur Gaudium et Spes.


Enregistrement 3/3 :

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3/3.- Deux remarques sur Gaudium et Spes

[…] Je voudrais en venir à deux remarques sur Gaudium et Spes. Je l’ai dit tout à l’heure c’était « les joies et les espoirs ». Et puis après, il y a des choses moins facile. Il y a des choses moins gaies : des détresses, des souffrances.

1. Dans un premier schéma on avait commencé par les détresses et par les souffrances parce que effectivement c’était bien ça qui taraudait et qui continue à nous tarauder. C’est ce qui ne va pas. Mais pour faire un titre de constitution, commencer par les choses qui font souffrir n’était pas forcément indispensable donc on a commencé par la joie. Mais de quelle joie parle-t-on ? On parle de la joie que le Christ veut nous donner, la joie qu’il nous donne c’est-à-dire – je vais vous lire un beau texte que j’avais entendu quand j’étais au séminaire et que je n’ai jamais oublié - c’est-à-dire pas la joie du chrétien qui serait perdu seul avec Son Seigneur sur une île, voire sur une presqu’île, ça change pas grand-chose, c’est une autre joie à laquelle le concile nous invite. Je vais vous lire cet extrait là. Peut-être que certains d’entre vous on déjà eu ça entre les mains, c’est un livre de Henri de Lubac qui s’appelle : « Catholicisme » qui en son temps avait été une grande nouveauté parce que ce qu’il voulait faire c’était insister comme le dit le sous-titre sur les aspects sociaux du dogme – alors le mot dogme il est peut-être un peu dévalué – mais sociaux ça veut dire communautaire, ça veut dire pas chacun dans son coin. Et il commence son livre par une introduction en citant un livre de Jean Giono que je vous lis :

Ai-je trouvé la joie ? Non, j’ai trouvé ma joie et c’est terriblement autre chose. La joie de Jésus peut être personnelle. Elle peut appartenir à un seul homme et il est sauvé, il est en paix, il est en joie pour maintenant et pour toujours, mais seul. Cette solitude de joie ne l’inquiète pas, au contraire il est l’élu. Dans sa béatitude il traverse les batailles une rose à la main. Quand la misère m’assiège, je ne peux pas m’apaiser sous des murmures de génie. Ma joie ne demeurera que si elle est de tous. Je ne veux pas traverser les batailles une rose à la main.

Très beau texte qui sert d’introduction à tout le livre. C’est pour nous dire, et nous redire, à quel point notre vie de foi, notre vie de chrétien n’est pas une vie individuelle mais qu’elle est toujours une vie communautaire, elle est toujours une vie sociale, sous cet angle-là. Alors voilà de quelle joie il va s’agir dans tout Gaudium et Spes : la joie d’une communauté, votre joie. Et les deux remarques que je vais faire sont tout d’abord de vous dire à grand trait quel est le plan de ce texte. Les plans des textes, surtout quand on sait qu’ils ont été travaillé et retravaillés sont toujours très symptomatiques. Le plan de cette constitution GAUDIUM ET SPES est tout centré à partir de la personne humaine et de la vie humaine. On en avait parlé quand on s’était rencontré avec Xavier, on appellerait ça, mais c’est déjà du jargon : un plan « d’en bas ». Mais il faut se méfier parce que maintenant, d’en bas, d’en haut, on a eu pas mal de récupération. Mais ça veut dire que le concile se penche véritablement, en permanence sur ce que sont les vies nos contemporains, les vôtres. Et il va le faire après un assez long préambule, il va le faire en deux parties, en deux chapitres.
Le premier chapitre son titre c’est : « L’église et la vocation humaine ». Et puis le deuxième chapitre, ça sera : « Quelques questions plus urgentes ». C’est un peu comme si on avait un chapitre de fondement et puis après un deuxième chapitre d’application. Dans la chapitre du fondement, je me permets de détailler le plan parce qu’il est, encore une fois, très révélateur.
L’église et la vocation humaine : il y a trois paragraphes, plus un quatrième. D’abord l’Eglise nous parle de la dignité de la personne humaine prise comme telle. Ensuite, de la communauté humaine puisque comme on le sait, comme l’église le dit, et comme nous l’expérimentons, il n’y a pas de personne seule, il y a une personne dans une communauté. Et troisièmement, de l’activité humaine : personne humaine, communauté humaine, activité humaine. Ça c’est les trois premiers paragraphes. Et j’ai dit qu’il y en avait un quatrième. C’est la façon dont l’église, de fait vient illuminer, éclairer, accompagner la personne humaine, la communauté humaine, et les activités humaines. C’est comme ça qu’est ficelée la première partie. Je vais y revenir dans quelques instants. Je vous donne aussi les titres des questions plus urgentes que vous avez dans la deuxième partie du concile. Autour de la famille, vous retrouvez la base, je dis bien la base de tout ce qui après a pu se développer dans les différents contextes, et c’est bien dans le concile de Gaudium et Spes qu’on le trouve. Ensuite sur la culture. Sur l’économie et le social, avec déjà cette angoisse des problèmes liés à la mondialisation qu’on voyait quand même un tout petit peu arriver dans les années 60. La vie politique. Et le service de la paix. Ça c’est pour les questions plus urgentes. Et je reviens quelques instants sur la première partie, c’est-à-dire, comment l’Eglise se place au service de la vocation humaine. Dans chacune des trois parties : dignité de la personne humaine, communauté humaine et activité humaine. Le texte du concile se finit par un numéro qui clôture chacune des trois parties et dans lequel on nous présente le Christ aussi dans sa personne humaine, dans sa communauté humaine, dans son activité humaine. Et de quelle façon le Christ vient à la fois partager, et parachever, parfaire, accomplir, pour Lui, et pour tous les hommes, personne humaine, communauté humaine, activité humaine. C’est embêtant par ce que je ne vais pas avoir le temps de le lire, où alors je verrai… Si, j’en ai quand même un ou deux… Au moins que vous ayez un goût. Je prends dans l’ordre où ils sont. Le premier qui venait c’était celui qui clôt le paragraphe sur la personne humaine, c’est Gaudium et Spes n° 22. Je lis des petits bouts.
En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du verbe incarné.
[…] Image du Dieu invisible – on parle du Christ – Il est l’homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée par le péché. Parce qu’en Lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égal. Car par son incarnation le fils de Dieu, par son incarnation, c’est encore lui-même uni à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’hommes, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous hormis le péché. Agneau innocent par son sang librement répandu, Il nous a mérité la vie et en Lui Dieu nous a réconciliés avec Lui-même et entre nous, nous arrachant à l’esclavage du diable et du péché.
[…] En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous d’une façon que Dieu connaît la possibilité d’être associés au Mystère pascal
– cette phrase-là, elle est très connue – elle mérite de l’être – parce que vous avez entendu que le cœur de cette phrase-là, c’est bien pour tout homme d’être associé au Mystère pascal. Mais vous savez combien, déjà pour nous, et à plus forte raison pour tous ceux qui ne sont pas dans cette salle, la participation au Mystère pascal est parfois quelque chose de l’ordre de l’abîme. Et, peut-être que sur cette terre, ce ne sera jamais réalisé comme nous on a la joie de le réaliser quand par exemple quand on célèbre la fête de Pâques dans quelques semaines. Alors le concile dit bien : Le Christ est mort pour tous, et puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation de l’homme est réellement unique à savoir divine – ça se sont les deux fondements : Christ est mort pour tous ; la vocation c’est bien de participer à la vie de Dieu, alors, la conclusion est s’impose presque, – nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à TOUS, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au Mystère pascal.
Ça veut dire que cette joie-là, pas une joie donc sociale qui est la nôtre, cette joie-là, Dieu veut la faire partager à tous par des chemins, qui, parfois nous échappent totalement. Mais pas à Lui. Nous nous avons la joie de savoir, pour la plupart d’entre nous sur quel chemin nous sommes. Beaucoup ne le savent pas. Dieu s’en occupe quand même. Dieu les aime quand même. Il veut les sauver aussi. Voilà ce que le concile dit à cet endroit-là. Vous pourrez relire – puisque je sens que vous êtes tous des lecteurs potentiellement forts de Gaudium et Spes, vous pourrez relire le n° 32 et le n° 38 – tout ça se trouve sur internet. Vous pouvez le télécharger tous les jours sur internet. Je signale entre parenthèse que d’un point de vue technique le site du Vatican est un site qui a été mis très tôt parmi les sites. Alors ce n’est pas un site très fantaisiste, mais par contre vous avez une mine de textes, et je dois dire que souvent, c’est quand même intéressant, même indispensable, d’aller s’y référer. Alors, ce ne sont pas forcément des textes journalistiques. Ce sont des textes officiels qui ont été écrits par Freddy Caster ou par le pape ou par ses… ou des textes officiels, etc. (www.vatican.va).

2. Deuxième point que je voulais souligner, on l’a déjà entendu dans la simple description du plan, c’est qu’il y a un verbe qui est très important pour le concile et sur lequel on a fait parfois quelque contre sens – Paul VI avait dit dans un de ses discours au concile, que j’ai oublié de prendre, il avait dit qu’on attendait encore le combat entre l’Eglise et l’homme, qu’est-ce que ça aller donner, comment ça allait se confronter, etc. Et il dit : le combat, il n’y en a pas eu. On a revécu l’histoire du bon samaritain qui se penche sur l’homme blessé, auprès de la route, et qui vient lui-même lui apporter son soutien, son accompagnement, et son réconfort. C’est-à-dire que le verbe que je voulais retenir, c’est le verbe d’humaniser.
Gaudium et Spes est un texte qui vient humaniser en profondeur, en vérité. Mais vous voyez jusqu’à quel point ça vient humaniser. C’est-à-dire, ça vient humaniser comme des chrétiens peuvent humaniser, c’est-à-dire, de fait, en manifestant Dieu le Christ, en témoignant du Christ, en étant soi-même Christ pour son frère qui est lui aussi d’ailleurs le plus petit d’entre les frères du Christ, donc prioritaire de toute façon. En humanisant, le concile sait qu’il y a besoin de ça, parce que, encore une fois, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que le mal existe dans le monde, pour voir que la division existe, les injustices existent, la violence existe, etc. Et que ce rêve d’unité que Dieu a inscrit dans le cœur de chaque homme et de toute l’humanité, soif d’unité, il ne se fasse pas tout seul. En quelque sorte, on pourrait dire de l’humanité, que Dieu y est, et qu’il y a des choses magnifiques qui sont faites sans cesse, et parfois par des non chrétiens – il y a beaucoup de non chrétiens dans le monde, mais je crois que vous le savez déjà. Donc des choses magnifiques qui sont faites et que Dieu est sans cesse dans tout ce qu’il y a de beau aussi. Deuxième chose, que le péché y est aussi. Et troisième chose que le salut, la grâce de Dieu est toujours là pour surabonder. Et je crois qu’il ne faut griller aucune de ces étapes. Il ne faut jamais se priver de s’émerveiller de toutes les belles choses qu’il y a dans le monde. Il ne faut jamais se priver de dénoncer tout ce qui ne va pas et la frontière, on la dit, elle passe en nous. Et puis troisièmement, il ne faut jamais se priver d’annoncer que le Mystère pascal auquel nous sommes associés, c’est un Mystère de résurrection et de vie qui est plus fort que la mort et que le péché. Donc ça aurait été ça l’humanisation.
Vous voyez aussi que cette histoire du bon samaritain que Paul VI utilisait est quelque chose qui nous rappelle une phrase célèbre que vous avez certainement déjà entendu à plusieurs homélies d’un père de l’Eglise qui s’appelait Saint Irénée, au IIème siècle que « La vie de l’homme c’est voir Dieu et la gloire de Dieu, c’est l’homme debout, c’est l’homme vivant ». Donc tout ce que nous faisons à l’humanité, sert l’humanité, sert la gloire de Dieu et c’est ça ce que le bon samaritain fait. Dans la parabole du bon samaritain, ça se finit à l’auberge – je ne fais pas la transition pour le buffet – mais tout d’un coup je pense que ça se finit à l’auberge. Notre auberge à nous elle a aussi un nom, c’est l’auberge pascale, c’est aussi l’auberge de l’Eucharistie. Alors il faudrait reprendre comme un fil directeur, mais je vous le livre juste comme cela en guise de conclusion, que de fait, cette grandeur de la création, la présence du péché et la surabondance de la grâce, tout cela s’actualise dans ce que nous célébrons dans chaque eucharistie. Que l’Eucharistie elle est à la fois le lieu de la solidarité du Christ avec tous les hommes. C’est aussi le lieu de la communion, de ceux qui y sont. Non pas une communion en tête à tête avec le Christ même si elle existe aussi, mais la communion comme construction de notre communauté. Vous savez que dans les premiers siècles, ce sont à ces deux choses-là que l’on reconnaissait les chrétiens : premièrement c’était ceux qui se rassemblaient le dimanche pour le repas du Seigneur. Deuxièmement, et c’était lié, c’étaient ceux dont on disait : « Voyez comme ils s’aiment. » Je pense que ces deux critères là, ils n’ont pas besoin de changer et je vous les laisse pour votre plus grande joie.